Ma dissertation : La science nous livre-t-elle le réel tel qu'il est ?

 

La science nous livre-t-elle le réel tel qu’il est ?

 

le réel : ensemble des choses qui sont effectivement, qui existent vraiment. Choses qui existent pour autant qu’on peut les interpréter comme des effets, et donc leur supposer des causes littérature

 

le réel tel qu’il est : tel qu’on le voit ? tel qu’il doit être vraiment ?

 

la science : depuis le XIXème siècle, on appelle science un ensemble de connaissances rationnellement fondées, plus ou moins systématisées dans un domaine donné, et dont les résultats ont une valeur universellement reconnue.

Dans l’Antiquité, science et philosophie plus confondues. (Cosmologie et physique de Platon expliquées dans un mythe, Timée)

opposition opinion/science repris de nos jours (Bachelard : « L’opinion pense mal, elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances» Elle s’oppose absolument à la science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe Formation de l’esprit scientifique)

Pour Aristote, la science est connaissance des causes et des principes. Il n’y a pas de science de l’événement, mais il n’y a de science que du général, et elle s’étend de la physique à la métaphysique. Démarcation entre science et métaphysique faite par la critique Kantienne.

 

La science, pourquoi ? pour rendre compte avec certitude d’un domaine d’objets préalablement déterminés

La science, comment ? par un retour exclusif à la raison et une observation des faits. il ne s’agit pas de comprendre le réel et on ne fait donc pas appel à diverses formes de croyance (sens commun, opinion, récits mythiques et légendaires, discours religieux..)

 

la science née en Grèce avec la mise en forme systématisée des connaissances (Eléments de géométrie, Euclide)

- science qui se développe indépendamment des évolutions techniques

- le réel est une totalité ordonnée et structurée selon une hiérarchie naturelle

- science liée à la sagesse et à la philosophie

 

la science, pourquoi ? comme une activité désintéressée, pour comprendre le monde. - science doit montrer relation de nécessité qui relie pour chaque objet son essence à une propriété (ex. chute des corps graves) - recherche des causes

la science, comment ? étude neutre et contemplative du réel. - pas de science par la sensation. science vise un savoir stable et universel, la sensation est toujours fluctuante. La sensation ne peut que fournir certaines données à la science - approche presque exclusivement théorique de la réalité

connaître c’est quoi ? la mise en forme systématisée des connaissances. montrer la cause prochaine ou immédiate d’un phénomène

 

 

à l’âge classique (les modernes)

la science, pourquoi ? rendre l’Homme « maître et possesseur de la Nature ». réalisations techniques pour objectif, répondant à des besoins matériels et pratiques. « Le but vrai de la science n’est  autre que de doter la vie humaine de nouvelles inventions et de nouvelles richesses » (Francis Bacon)

vise à être une présentation ordonnée et rationnelle de l’ensemble des lois de la réalité. idéal d’achèvement et de clôture

-la science, comment ? nouvelle manière d’expérimenter. instruments de mesure de plus en plus précis, qui doivent confirmer des théories (amélioration de la lunette astronomique en 1609, invention du microscope..) « L’évidence des expériences me force à quitter les opinions où le respect de l’Antiquité m’avait retenu » Pascal

- connaître c’est quoi ? découvrir la loi universelle réglant l’apparition d’un phénomène.

-interprétation mathématique de la Nature l’univers « est écrit dans la langue mathématique »

 

conception contemporaine

 

- la science, pourquoi ? Pour une efficacité pratique (lien avec les structures de la production industrielle) « la science ne correspond pas à un monde à décrire, elle correspond à un monde à construire » Bachelard, Le Rationalisme appliqué.

- la science, comment ? Elle se compose de théories, que nous construisons, et avec lesquelles nous allons observer le monde pour en extirper des informations. Souci de contrôle expérimental, système d’hypothèses liées à une théorie. Approche méthodique de la réalité

- connaître, c’est quoi ? Établir des rapports nécessaires et universels (des lois) entre les phénomènes avant de pouvoir les prédire.

« à l’époque moderne, la science met le réel au pied du mur. Elle l’arrête, l’interpelle, pour qu’il se présente chaque fois comme l’ensemble de ce qui opère, de ce qui est opéré » Heidegger, Science et Méditation.

 

 

Le réel tel qu’il est, ce n’est pas le réel tel qu’on le voit, mais tel qu’il doit être. La vérité du réel.

Le réel tel qu’il est, c’est le réel tel qu’il doit être selon les interprétions faites par la science de ses effets, de ses causes. La science déclare que le réel est tel qu’elle le conçoit. Elle nous livre donc des observations, et une explication du réel. Mais pour concevoir ce réel, elle l’observe. Le réel lui apporte des informations, qui lui permettent de l’expliquer. Cercle vicieux : c’est le réel qui nous livre le réel tel qu’il est.

Le réel tel qu’il est, c’est la manière dont le réel fonctionne. Pour les Anciens, la science a pour but de trouver les causes et les effets, pour les modernes, elle doit connaître les lois universelles entre les phénomènes. Le réel est un objet sur lequel la science travaille. Comment peut-elle livrer l’objet qui lui est livré ?

Le problème est de savoir si la science construit le réel ou bien si elle ne peut que l’observer.

 

« La science nous livre » : la science a un devoir face à l’Homme. « Nous » mis ici pour nous les hommes, l’humanité. Elle doit nous livrer le réel tel qu’il est. Donc elle ne doit pas nous donner des images fausses du réel, ou nous tromper sur le réel. Elle doit nous permettre d’appréhender le réel tel qu’il est vraiment. Elle doit nous montrer les choses qui sont effectivement.

Le problème est de savoir si la science est capable de nous faire comprendre le réel ou bien si elle est impuissante à expliquer aux Hommes le réel.

Et est-ce la finalité de la science que de nous livrer le réel ?

 

« livre » -> forme de hiérarchie, qui sous-entendrait que la science est plus puissante que le réel puisqu’elle peut le livrer, « pieds et poings liés », aux Hommes. Or la science est d’abord une mise en forme systématisée des connaissances, une approche presque exclusivement théorique de la réalité. Elle vise à expliquer le réel, sans y parvenir complètement. Dans une hiérarchie, elle semblerait donc inférieure au réel.  Le problème est de savoir si l’objectif de la science est .. ou bien si il doit s’agir d’une activité désintéressée.

 

On se demande si la science nous livre le réel tel qu’il est. Cette interrogation dégage immédiatement le présupposé que la science est liée à ce « nous » qui représente les Hommes, l’humanité. La science, dont la définition actuelle pourrait être celle d’un ensemble de connaissances rationnellement fondées, systématisées, et universelles, aurait un objectif qui tend vers l’Humanité. Il semble admis que la science, d’une certaine manière, nous livre le réel. Il faut alors réfléchir à l’expression « le réel tel qu’il est ». Cette expression  semble faire appel à une essence du réel. Il ne s’agit pas du réel tel qu’on le voit, mais tel qu’il est effectivement. Or le réel tel qu’il est, c’est tel qu’il doit être selon les interprétations de la science. Ce sont les choses qui existent pour autant qu’on peut les concevoir comme des effets, leur supposer des causes. La science nous livre différentes informations, qui proclament que le réel est tel qu’elle le conçoit. Le réel tel qu’il est, c’est donc déjà le réel tel que la science nous le livre.  Le problème est alors de comprendre si la science tend à nous expliquer le réel tel qu’on le voit, ou bien si elle construit le réel tel qu’elle voudrait qu’il soit.

 

I La science nous permet d’observer le réel. Activité désintéressée et passive, qui ne « livre » pas le réel, mais l’observe. La science en relation avec le réel « tel qu’on le voit » (la science comme but en soi ?)

            1) Arguments

Dans un extrait de Métaphysique, Aristote explique que les premiers philosophes poursuivent le savoir  « en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire ». Il s’agit d’une conception entièrement désintéressée de la philosophie, et de la recherche sur le réel. Cette philosophie, cet amour des mythes dont parle Aristote, c’est aussi la science telle qu’elle est conçue dans l’Antiquité, où science et philosophie se confondent (la cosmologie et la physique de Platon sont par exemple expliquées dans un mythe, le Timée). La science est alors un ensemble de connaissances plus ou moins systématisées dans un domaine donné. Aristote parle « d’exploration », ce qui montre bien une recherche systématique ayant le réel pour objet. Or la finalité de cette philosophie semble ne rien avoir avec des bénéfices utilitaires, et tout avoir au contraire avec la nécessité essentielle du savoir, et donc avec l’essence de l’Homme. Elle a pour objectif de faire aboutir l’homme à une connaissance juste et entière. Mais on ne trouve pas trace dans la pensée d’Aristote d’une science tellement active qu’elle nous livrerait le réel, tel qu’il est. La seule activité de cette science est de nous installer dans une contemplation passive : « ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Etoiles… » La connaissance est un but en soi. Connaître le réel permet à l’Homme d’atteindre l’accomplissement de sa nature. Pour les Anciens, connaître le réel revient à connaître les causes premières et finales de chaque chose, de chaque phénomène. Il n’y a pas de science de l’événement, mais il n’y a de science que du général, et elle s’étend de la physique à la métaphysique.  Aristote explique dans les Analytiques postérieurs : « Nous croyons posséder la science d’une chose d’une manière absolue quand nous estimons connaître la cause par laquelle la chose est, que nous savons que la cause est celle de la chose, et qu’en outre il n’est pas possible que la chose soit autre qu’elle n’est ». Ces causes qui doivent permettre de connaître le réel correspondent à différents agents surnaturels, qui trouvent leurs places dans les mythes. Les mythes doivent permettre à tous de comprendre le fonctionnement du monde qu’il ont sous les yeux, qu’il s’agisse de la Genèse, du déroulement des saisons..  

Le réel est tel qu’on le voit, et la science doit nous permettre d’expliquer pourquoi on voit ceci ou cela.

 

            2) Conséquences

Une telle vision de la connaissance implique que chaque homme est capable de philosophie, tant qu’il prend le temps de s’étonner. Il y a bien un lien entre la science et ce « nous » qu’est l’humanité. Chaque homme, pour sortir de l’ignorance, peut et doit recourir à l’étonnement philosophique.

D’autre part, la recherche scientifique selon cette conception ne se fixe pas de limites. Tout paraît possible.  Les problèmes les plus insolubles sont l’objet de méditations sérieuses, et nul ne s’attache à des problèmes qui ne seraient pas hautement métaphysiques. L’esprit humain, et les travaux qu’il effectue, semble pouvoir cerner l’essence de tous les êtres, et les expliquer tous. C’est bien ce qu’exprime Aristote dans l’extrait de la Métaphysique puisqu’il parle ainsi de la recherche philosophique : « Au début leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières … puis… ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants » Il y a dans cette conception de la philosophie un grand appétit du savoir, de perfectionnement. Aucun obstacle n’est évoqué comme pouvant arrêter, interrompre, ou simplement ralentir la recherche scientifique. Toute difficulté, même métaphysique, même au delà de la Nature, semble pouvoir être un objet de recherche philosophique. La curiosité philosophique peut s’exercer sur tout.

« L’objet de la science est nécessaire et éternel » Aristote, Éthique à Nicomaque, VI, 3

 

 

            3) Limites

Avoir recours à des « agents surnaturels » (A. Comte) pour trouver les causes premières et finales d’un phénomène n’apporte aucun fondement rationnel à la science. Le mythe a d’ailleurs été rejeté très vite par les philosophes, alors qu’il était défini par Aristote comme la sagesse même. De plus, Auguste Comte parlera pour cette étape du savoir scientifique d’un « état théologique ». Les recherches de cette science philosophique visent l’essence même de l’être, la finalité de son existence. Or la présence d’agents surnaturels, ou d’un seul agent surnaturel, pour expliquer l’essence des choses ne peut pas être le fondement d’un savoir scientifique rationnel. C’est une explication fondée sur la croyance, dominée par les conceptions théologiques, d’où le nom donné bien plus tard par Auguste Comte. Les conceptions théologiques remplacent les observations rationnelles du réel, sur lesquelles doit se fonder la science pour être crédible et entendue par tous.

 

 

II La science a bien un rôle à jouer dans l’humanité. Ce « nous » à qui elle livre le réel, ce sont les hommes. La science apporte bien quelque chose à l’Homme, elle ne peut donc pas être que passive. Elle nous livre des instruments pour observer et comprendre le réel.

1)       Arguments

Les modernes proposent de remplacer les agents surnaturels des Anciens par des entités inhérentes aux différents êtres du monde, telles quel la gravitation par exemple. Certes l’idée d’une entité était déjà présente dans l’esprit des premiers philosophes : Aristote expliquait la chute des corps par l’idée de deux classes de corps, les corps graves qui tendent vers la terre, leur milieu naturel, et les corps légers qui tendent vers leur milieu naturel, l’air. Mais en observant scrupuleusement le réel on se rend compte que cette conception ne fonctionne pas, car tous les corps se dirigent vers la terre. Par conséquent, on va chercher à substituer à ces idées de nouvelles entités. De la même manière, on va remplacer les anciens principes de démonstration par de nouvelles méthodes. Descartes, dans le Discours de La Méthode, explique qu’avec une nouvelle démarche méthodique, on peut aboutir à la vérité, et à l’aboutissement des recherches. La science tend alors vers un idéal d’achèvement et de clôture, qu’on retrouve aussi dans le la radicalité du doute de Descartes. Il veut en effet douter de tout, sans aucune exception. Il pense avoir trouver plus puissant que la démonstration classique et il expose cette nouvelle méthode dans son œuvre. On cherche également de nouvelles manières d’expérimenter, car on tend vers un nouveau but. L’activité scientifique n’est plus désintéressée comme celle d’Aristote. Au contraire, elle est directement liée à l’humanité, elle veut pouvoir nous livrer le réel, nous expliquer pourquoi le monde est tel qu’on le voit. Ainsi le projet de Descartes « rendre l’Homme maître et possesseur de la Nature » trouve un écho dans les nouvelles réalisations techniques obtenues par la science à l’époque classique, qu’il s’agisse de l’amélioration de la lunette astronomique en 1609 ou de l’invention du microscope en … .  Il s’agit de répondre à des besoins matériels et pratiques : « Le but vrai de la science n’est  autre que de doter la vie humaine de nouvelles inventions et de nouvelles richesses » déclare Francis Bacon. La science est en rapport direct avec l’Homme. Elle doit lui livrer, non pas le réel « pieds et poings liés », mais des instruments qui lui permettent de comprendre le réel dans sa totalité, donc le réel « tel qu’il est », complet, fini, la vérité du réel. Et elle doit de surcroît permettre à l’Homme de créer à partir du réel.

 

2)      Conséquences

- pratiques : une nouvelle motivation pour la science, puisqu’on croit pouvoir tout expliquer à l’Homme. Les scientifiques sont portés par de nouveaux espoirs. Les entités qu’ils découvrent semblent pouvoir généraliser les différents phénomènes, et tout expliquer. Ainsi ils conçoivent l’idée de la gravitation, sans en définir la loi universelle.

-

3)      Limites

Les modernes croient en la possibilité d’avoir prise sur le réel. Or les sceptiques dénoncent l’impossibilité de cette ambition. La mobilité du réel empêche de le lier pour le livrer à l’humanité. La raison humaine ne peut pas être plus puissante que le réel. De plus, les sceptiques opposent un autre argument à l’ambition démesurée des nouveaux scientifiques : il s’agit du cercle vicieux de la preuve, que Montaigne développe dans ses Essais. L’instrument avec lequel on observe le réel permet de prouver quelque chose. Or il faut prouver que cet instrument est valable, donc prouver l’instrument qui est lui-même la preuve de quelque chose. « Prouve ta preuve ». On est confronté à un cercle vicieux qu’il semble impossible de rompre.

D’autre part, Pascal dans la Préface pour un traité du vide, évoque une limite théorique majeure de cette conception scientifique. En considérant que la science est active, et a pour objectif de nous livrer des instruments pour observer, comprendre, et construire le réel, on perd de vue l’importance de la compréhension du réel dans son ensemble. Pour aborder le réel « tel qu’il est » véritablement, il faut réfléchir à autre chose :  « Ils n’ont entendu parler de la nature qu’en l’état où ils la connaissaient ; puisque, pour le dire généralement, ce ne serait point assez de l’avoir vu constamment en cent rencontres, ni en mille, ni en tout autre nombre, quelque grand qu’il soit ; puisque s’il restait un seul cas à examiner, ce seul suffirait pour empêcher la définition générale »

 

            Désormais, la science va devoir tendre vers une universalisation de la compréhension du réel. On doit le comprendre et l’expliquer tel qu’il est, et tel qu’il sera, universellement. Ce réel universel, c’est à la science de le construire.

 

 

III La science construit le réel. On comprend le réel tel qu’il est à l’instant présent, on doit comprendre le réel tel qu’il est, et tel qu’il sera, universellement. Ce réel universel, la science le construit.

1)       Arguments

La science dit le comment, non le pourquoi. Comte page 221

« Nous restons également conscients de la responsabilité qui nous incombe vis-à-vis de l’humanité » Husserl, La philosophie comme science rigoureuse (p.301)

« la science suscite un monde, non plus par une impulsion magique, immanente à la réalité, mais bien par une impulsion rationnelle, immanente à l’esprit »

« Après avoir formé, dans les premiers efforts de l’esprit scientifique, une raison à l’image du monde, l’activité spirituelle de la science moderne s’attache à construire un monde à l’image de la raison » Bachelard, Le nouvel esprit scientifique

Idée présente chez Bachelard et chez Popper : la science progresse à partir des anciennes erreurs. Les erreurs laissées dans l’ombre de la science des Anciens, ou les erreurs d’une conjecture, que les expérimentations réfutent.

2)      Conséquences

3)      Limites

La science tend à se déconnecter du réel. Elle n’est plus en contact direct avec le réel quotidien, explique Bachelard.

 

 

« L’objet de la science est nécessaire et éternel » Aristote, Éthique à Nicomaque, VI, 3

mythe, Lévi-Strauss p.376

 

 

ouverture : Arendt, Du mensonge à la violence, p.408

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